La naissance de Bolgrot. Fragments Retrouvés -Tome 6 bis

Parmi les faits dignes d’être mentionnés ici, figure la mésaventure d’Aguabrial. Le dragon de l’eau faillit être piégé par Djaul. L’acte de Djaul aurait eu de grandes répercussions sur le destin du Monde.


Dix années se sont écoulées depuis que les gardiens ont été nommés pour seconder Xélor. Et tous s’acquittent de leur tâche avec zèle. Un seul est rongé par le fiel et l’envie : Djaul, le démon imposé par Rushu. Son humeur est belliqueuse et les autres protecteurs tolèrent sa présence sans pour autant lui témoigner aucune marque de respect. Certains même le considèrent comme un usurpateur… Seul Brumaire semble ne pas le mépriser. Quant à Maimane et ses propos de tempérance, ils hérissent le poil du démon ! Le protecteur de Descendre parcourt donc le monde des Dix, solitaire. Chaque seconde écoulée sous la garde d’un autre protecteur attise sa haine. A force d’arpenter le monde de long en large, il est devenu coutumier des habitudes de chacune de ses créatures. Grand amateur d’âmes et des secrets qu’elles recèlent, il est à son aise pour épier les faits et gestes de chacun. A la fin de la dixième année, il a vu beaucoup de choses, en a entendu encore plus.
C’est à la faveur d’une nuit d’Octolliard à la pénombre épaisse, qu’il s’est infiltré dans l’antre d’Aguabrial, le dragon de l’eau. C’était Rushu son maître qui lui avait indiqué les chemins à suivre pour trouver la cachette du dragon. Car bien qu’il connaisse le monde sur le bout des doigts, il n’a pas encore découvert un seul de ces fameux Dofus dont lui a parlé son maître.
C’est l’automne, et les pluies sont plus abondantes que d’ordinaire. Djaul a parcouru la moitié du pays pour rejoindre la grotte d’Aguabrial, pataugeant dans les eaux ruisselantes . Il a pénétré dans l’antre du dragon et est resté de longues heures figé dans l’ombre, parmi les stalagmites et les crapauds bleutés. Le démon a couvé du regard le monticule d’or au milieu de l’antre, et surveillé les allées et venues du dragon. Mais il n’a pas vu l’ombre d’un Dofus… Aguabrial n’en garderait-il aucun ? Djaul en était à ses réflexion lorsque l’idée lui vint d’ensorceler l’eau des pluies qui s’écoulait tout autour de la grotte : aussitôt une ondine aux formes généreuses sortit des eaux ; le démon l’a faite terriblement belle. En un clin d’œil et quelques battements de cils, elle a séduit le dragon bleu. Si l’amour que le dragon lui porte est suffisamment fort, il se condensera en un Dofus. Telle est la magie draconique, et le démon le sait. Aguabrial offrira-t-il à sa belle un œuf en gage de son amour, comme l’espère Djaul ?


Quelques semaines plus tard, la patience du démon semble récompensée. Une lueur turquoise émane d’une forme oblongue posée au sommet du trésor d’Aguabrial… Un Dofus ? Djaul est posté trop loin pour en être certain. A la faveur de l’obscurité, le démon rampe plus près, encore plus près…C’en est un ! Un Dofus turquoise ! Ce n’est certes pas un Dofus Ivoire ou Ébène, mais cela suffit à l’appétit de Djaul. Rushu sera satisfait…
Durant un mois entier, Djaul veille, par l’intermédiaire de l’ondine, à ce que la magie de l’œuf se développe. Elle réclame au dragon que l’œuf soit constamment chauffé par son souffle magique, et ses pouvoirs gagnent en puissance ! Quant à Aguabrial, il n’y voit que du feu .
La ruse de Djaul aurait été parfaite si Ereziah Melkewel, un alchimiste ami du dragon (et aussi un exorciste excellent), n’avait pointé le bout de son nez…


Ereziah est venu demander conseil au dragon au sujet d’un désenvoûtement aqueux qui lui pose problème. A la vue de l’ondine, il soupçonne un subterfuge démoniaque… L’ondine est d’une grande beauté… Sa chevelure brune encadre un visage aux traits fins et au teint de lune. Ses yeux bleus, son nez mutin, ses lèvres nacrées… Une tunique de lin qu’elle porte à même la peau souligne son galbe avantageux. Elle est de plus une fine cuisinière… par les trois dragons d’Osamodas, tout cela était trop incendiaire pour être honnête ! Mais il en faut plus pour troubler Ereziah. Il feint de tomber sous le charme de la créature magique et promet de lui offrir un bijou « dont la splendeur n’aura d’égale que ta beauté, Ondine ». Il jure également à son ami de revenir pour voir le précieux Dofus, et de lui faire don d’un pouvoir magique. « Pourquoi pas ? » pense Djaul, « Les magies croisées d’un dragon et d’un alchimiste ne peuvent lui nuire. Au contraire ! Ce Dofus sera parmi les plus puissants qui soient… »
Ereziah revient le jour suivant chargé d’un paquet mystérieux. Sous les yeux d’Aguabrial, de l’ondine et de Djaul il dévoile une sculpture étrange : quatre têtes accolées aux mâchoires proéminentes. Il les appelle « les têtes à clic et à clac » et leur présente les têtes comme une mécanique magique très ancienne et digne de Xélor lui-même, un travail d’orfèvre et de bijoutier. L’ondine, devenue coquette au terme d’un mois d’existence, s’impatiente en se demandant quel présent magique va lui être offert.
- Ondine, pour être digne de ce présent, il faut que tu apparaisses plus belle que tu ne l’as jamais été ! » lui dit Ereziah.
L’ondine s’empresse d’obéir, avec un rire cristallin, elle se drape de vapeurs d’eau bleutée.
« Tu sera récompensée, belle ondine » dit Ereziah d’une voix de miel. « Passe tes poignets entre les mâchoires magiques et elles te pareront des plus beaux bracelets qui soient ». L’innocente s’exécute. Les mâchoires se referment sur ses poignets si délicats et sont maintenant parés… de menottes et de chaînes !
« La particularité de ces bracelets magiques, explique Ereziah, est qu’ils t’empêchent de puiser l’énergie dont tu as besoin pour vivre… Dis moi, Ondine, de quoi, ou plutôt de qui as-tu besoin pour vivre ? ». Tombée à genoux, l’ondine arrondit la bouche pour répondre, mais elle n’en a plus la force. Aguabrial s’apprête à protester lorsque Djaul, voyant sa ruse découverte, sort de l’ombre. Il se rue vers le centre de l’antre ; Ereziah lui barre le chemin. D’un geste vif, le démon dégaine son cimeterre. Il aurait tranché la gorge de l’exorciste si Aguabrial n’était intervenu. Il dévie le coup de Djaul qui entaille la cuisse d’Ereziah. De toute sa hauteur, le dragon se dresse devant Djaul. Le démon, voyant la partie perdue, abandonne le Dofus et s’enfuit.
Le sortilège de Djaul est brisé et Ereziah blessé. Aguabrial, furieux de s’être laissé abuser par un démon verse une larme de colère sur la créature de Djaul. La belle ondine n’est en réalité qu’un succube à l’agonie… Aguabrial achève la créature en l’emportant dans un torrent d’eau courroucée. Il s’apprête à détruire le Dofus - à ses yeux la preuve de sa faute. Alors qu’Ereziah tente de le raisonner, le Dofus se met à éclore… La coquille vole en éclats et un jet de vapeur bleue en sort. Bolgrot, dont la naissance avait été provoquée par les artifices et la convoitise de Djaul, était né.
Reste le Dofus Turquoise, celui qui faisait partie des quatre primordiaux… Enseveli sous l’or du dragon, il était à l’abri de la convoitise et du vol. Enfin, c’est ce que pensait Aguabrial. Car lorsque Bolgrot était né, l’œuf avait frémi. Sa pulsation était devenue irrégulière. Désormais, les Dofus ne battaient plus en rythme, et l’harmonie ne s’écoulerait plus sur le Monde.

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